L'âne, le porc, le cerf et les rossignols

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Le savez-vous la nuit ? C’est Byzance à l’étable ;

Le fermier est parti, pour sortir sa valseuse.

Il est gaulé comme un empaffé impeccable

Pour vendre des régimes ou des autos laveuses.

Les rossignols, le porc et le cerf vaniteux

Ont donc idée de plumer un niais au Poker

Qui de tous nos convives aura le meilleur jeu ?

« Pas l’âne assurément » plaident-ils en concert.

 

Toute la partie n’est qu’une succession folle

De boutades orchestrées autour du pauv’ mulet,

« Vous n’avez pas d’amis lui dit le Rossignol ?

Vous n’en perdrez donc pas ce soir après dîner ! »

Et le porc qui enchaine : « Vous semblez bien pâle,

Du rosé ? À défaut d’un autre maquillage ? »

« C’est livré avec son nettoyage estival ! »

Cancana en bramant son odieux voisinage.

 

Le butin s’amoncelle mais la der approche

Ça  piaille autour du jeu qu’il faut être patient.

Mais Monsieur Rossignol prend deux fois dans la pioche

Il fait grise mine et sa dame le surprend.

« Comment as tu pu jouer ? Idiot ! Espèce de tarte !

Tu t’es fait déplumer comme un oisillon sec ! »

La Tablet ahurie découvre les cinq cartes

Et s’esclaffent des piafs qui se sont pris le bec.

 

Et le porc se gaussant, la penche sur la table,

Enchaina les binouzes au delà du tonneau…

Il enquilla si fort que l’on fut incapable

De distinguer ses rires au moment du salto.

Aucun fauteuil au monde aussi costaud soit-il

Ne pouvait supporter le poids d’un tel cochon

La couenne sur le flanc il gît, bien imbécile

Sa paire de rois au groin qui moussait du houblon.

 

Le cerf en gentleman et hautain comme un coq

Se riait du comique tableau des postiches.

Il remisa encore les quelques breloques

Qu’il venait d’emprunter à son amie la biche.

« Ne faites point d’esclandre, ma douce et ma belle,

A minuit, je vous couvrirai d’or et d’argent

Et comme un chevalier, il provoque en duel

Le mulet, en déposant ses as en brelan.

 

« Je n’ai pas votre éclat ! » leur dit le bourricot

Mais dans mon quotidien, je suis déjà heureux!

Alors pensez vous bien avec tout ce magot

Je suis le roi des rois, pour un carré de deux ! »

La biche en voyant l’âne couvert de parure

S’empressa d’accompagner son nouvel amant

Ils partirent dans la nuit et à l’aventure

Et nul besoin de bois pour jouer au cerf volant.

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